Conférence : Qui veut la mort de l'ONU ?


09 Jan
09Jan

Conférence : Qui veut la mort de l’ONU ?


    Avec leur dernier ouvrage, Qui veut la mort de l’ONU ?, qu’ils présentaient mercredi 14 novembre 2018 lors d’une conférence à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Romuald Scoria et Anne-Cécile Robert souhaitent tirer la sonnette d’alarme quant à l’avenir de l’ONU, en constatant son incapacité à résoudre les crises du monde contemporain, et sa remise en cause quasi-générale, en particulier par les chefs d’états les plus proéminents de la planète. En compagnie de Jean-Marc de la Sablière, ancien ambassadeur de France à l’ONU, et de Pascal Boniface, géopolitologue de renom et directeur de l’IRIS, cette conférence fut également l’occasion d’aborder les carences structurelles des Nations Unies, qui éclatent aujourd’hui au grand jour.


    L’ONU ne fonctionne quasiment plus aujourd’hui. Le « machin », comme l’appelait De Gaulle, n’est plus que l’ombre de lui-même, il n’est plus capable de s’imposer comme un acteur majeur à la fois sur et en dehors du terrain comme à l’époque de Dag Hammarskjöld, et n’est plus l’organisme vecteur de progrès à l’échelle mondiale comme à l’époque de Kofi Annan. Elle pâtit de la mésentente criante au sein du Conseil de Sécurité qui l’empêche d’avancer là où elle est attendue, notamment en Syrie. Mais surtout sa remise en cause directe par le président des Etats-Unis la décrédibilise totalement, et interroge sur sa capacité à se maintenir dans le futur alors qu’un de ses membres les plus importants met en doute sa légitimité.


    Or, si l’ONU est aujourd’hui sur la sellette, son importance n’en est pas moins cruciale, autant par l’espace de discussion neutre et régulé qu’elle constitue, que par le rêve qu’elle porte en son sein : agir comme un organisme transnational capable d’assurer la paix et la prospérité dans le monde ; vouloir en finir avec l’ONU, c’est donc quelque part aussi vouloir mettre fin à ce rêve. Pour autant déficiente qu’elle soit, les Nations Unies présentent également l’avantage d’établir des règles à respecter : les droits de l’Homme seraient nettement plus bafoués si la Déclaration des droits de l’Homme des Nations Unies n’existait pas. 


Une réforme de l’ONU s’impose donc pour éviter sa disparition, et ce sur un certain nombre de points : 

- Le conseil de sécurité nécessite d’être réformé car il n’est plus représentatif des rapports de forces mondiaux ; celui-ci doit redevenir l’espace de discussion privilégié des grandes puissances

- Le secrétaire générale de l’ONU doit pouvoir jouer son rôle de « pape laïc », c’est-à-dire de conciliateur et d’autorité morale transnational. 

- Les forces armées se doivent d’être crédible (124 000 casques bleus actuellement contre 1 347 000 soldats pour les Etats-Unis ; 8,3 milliards de dollars de budget contre 610 milliards de dollars pour l’armée américaine) et surtout irréprochable (affaire de viols commis par des casques bleus en République centrafricaine en octobre 2017).

Simon Burgevin


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