Le nucléaire iranien, éternelle source de tensions internationales


14 May
14May

Les vives tensions actuelles entre Donald Trump et le président Iranien Hassan Rouhani soulèvent l’inquiétude de la communauté internationale, qui craint les retombées désastreuses qu’engendrerait un conflit armé entre Iran et Etats-Unis. Ces tensions montrent une nouvelle fois que le programme nucléaire iranien n’a cessé d’envenimer les relations entre l’Iran et le reste du monde.


Brève histoire du programme nucléaire iranien

L’Iran a inauguré son projet nucléaire civil dans les années 1950 sous la tutelle des Etats-Unis et de leur programme « Atoms for peace », lancé par Dwight Eisenhower pour promouvoir le nucléaire « pacifique » auprès des pays alliés. L’Iran a également reçu le soutien d’autres pays développés comme la France, à travers notamment la création en 1975 de la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse).

Un timbre à l’effigie du programme « Atoms for peace »

La coopération entre l’Iran et des pays étrangers en matière de nucléaire a duré jusqu’à la révolution islamique de 1979 et la prise de pouvoir de l’Ayatollah Khomeini. Ce dernier a d’abord gelé le programme nucléaire iranien, le jugeant à la fois trop coûteux et contraire aux principes de l’Islam. Mais la fragilisation de l’Iran au cours des années 1980 (guerre contre l’Irak, sanctions américaines, influence grandissante d’Israël) a poussé Khomeini à réactiver le programme en 1987.

Le renouveau du programme nucléaire iranien a été l’objet de soupçons de la communauté internationale, qui craignait que le régime islamiste utilise ses travaux dans le domaine nucléaire à des fins militaires. Ces doutes ont été accentués en 2002 quand un dissident au régime iranien a révélé l’existence d’une usine d’enrichissement d’uranium qui pourraient permettre la fabrication d’armes nucléaires. Cette découverte a été le point de départ de négociations entre l’ONU et l’Iran (alors gouverné par le modéré Mohammad Khatami) qui ont abouti à la suspension du programme iranien d’enrichissement d’uranium en 2004.

Cependant, les cartes vont être rebattues en 2005 avec l’élection en Iran du conservateur Mahmoud Ahmadinejad. En effet, ce dernier relance pleinement le programme nucléaire iranien et les travaux d’enrichissement d’uranium. En 2006, il déclare que « l’Iran a rejoint les pays nucléaires ». Le projet nucléaire de Ahmadinejad et ses nombreuses provocations ont engendré des sanctions de la communauté internationale envers l’Iran, pays signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (1968). L’ONU a ainsi voté en 2006 un embargo sur l’armement iranien, tandis qu’en 2012 l’Union Européenne a interdit l’importation d’hydrocarbures en provenance d’Iran.


L’accord de Vienne, une réussite diplomatique historique…

Dans ce contexte tendu, l’élection du modéré Hassan Rouhani en 2013 était un signe d’espoir pour la communauté internationale. Rouhani, qui a étudié le droit au Royaume-Uni, était favorable à un rapprochement avec les pays occidentaux et au respect des droits de l’homme. Son élection à ainsi marqué le renouveau des négociations entre le pays perse et la communauté internationale sur la question du nucléaire.

Le long travail des diplomates a abouti à la signature à Vienne en 2015 d’un accord par l’Iran et les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU. Cet accord prévoyait la levée des sanctions économiques et commerciales subies par l’Iran en échange de la fin du programme nucléaire militaire iranien, mettant ainsi fin à une décennie d’escalade des tensions.

Les signataires de l’Accord de Vienne. 

Leonhard Foeger/ REUTERS

 

… mais finalement obsolète

Cependant, ce n’est qu’en 2017, et après deux ans de vérifications des installations nucléaires iraniennes, que l’AIEA (l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique) a donné son accord pour la levée des sanctions économiques contre l’Iran. Malheureusement pour le pays perse, 2017 est également l’année de la prise de pouvoir de Donald Trump, qui a toujours déclaré sa volonté de retirer les Etats-Unis de l’accord de Vienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que le projet de Donald Trump au Moyen-Orient est de réaffirmer l’alliance historique entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Dans cette logique, Trump désire fragiliser l’Iran chiite, ennemi régional du royaume saoudien sunnite. Pour justifier son hostilité envers l’Iran, Trump a déclaré que le pays est à la tête d’un « axe du mal », réinvoquant ainsi une notion chère aux néo-conservateurs américains et à l’administration Bush. Dans l’imaginaire de Donald Trump, un « axe du bien » (en réalité un axe anti-iranien) constitué des Etats-Unis, d’Israël et de l’Arabie saoudite se dresse face à l’Iran.

En Mai 2018, Donald Trump est passé à l’action en retirant les Etats-Unis de l’accord de Vienne. En conséquence, l’Iran a fait face à de nouvelles sanctions américaines. Trump a notamment imposé un embargo sur le pétrole iranien (effectif en Novembre 2018), tout en exemptant 8 pays de celui-ci (dont la Chine, l’Inde ou le Japon). L’Union Européenne a dénoncé le retrait des Etats-Unis et a tenté de mettre en place des mécanismes financiers afin que les entreprises européennes puissent contourner les sanctions américaines et commercer avec l’Iran. Néanmoins, ces entreprises demeurent vulnérables au joug de la justice américaine. Cette dernière a démontré sa capacité à imposer des amendes records à des entreprises étrangères qui ne respectent pas les sanctions imposées par les Etats-Unis, en vertu du principe d'extraterritorialité du droit américain. En 2014, la banque française BNP Paribas a ainsi dû s’acquitter d’une amende de 9 milliards de dollars auprès de la justice américaine pour avoir contourné les embargos des Etats-Unis mis en place contre plusieurs pays (Cuba, Libye, et l’Iran, déjà).

Donald Trump après l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Vienne.

 Evan Vucci/AP


En Avril 2019, Donald Trump a une nouvelle fois durci la position des Etats-Unis à l’égard de l’Iran en mettant fin à l’exception d’importation de pétrole accordée à quelques pays. L’objectif de Trump est clair : priver l’Iran de sa principale source de devise (l’or noir représente entre 70 et 80% de ses recettes d’exportations) pour mieux pouvoir le contraindre.

Les représailles de l’Iran n’ont pas attendu. Le 8 Mai 2019, soit un an jour pour jour après le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne, le président Iranien Hassan Rouhani a fixé un ultimatum aux pays européens, les sommant de respecter l’accord sous peine de la sortie de l’Iran de celui-ci. Le discours autrefois modéré de Rouhani s’est significativement durci depuis le début de la tension avec Donald Trump. Il a ainsi récemment exhorté les autres pays du Moyen-Orient à s’unir pour « refouler le sionisme » et l’influence l’américaine de la région.


Dans ce contexte tendu, quel avenir pour l’accord de Vienne et la relation entre Iran et Etats-Unis ?

La première certitude est que dossier iranien va envenimer une fois de plus les relations qu’entretient l’administration Trump avec de nombreux autres gouvernements. On peut notamment penser à la Chine, premier acheteur de pétrole iranien (25% des exportations de pétrole du pays) qui a dénoncé à de multiples reprises les sanctions américaines envers l’Iran.

La deuxième certitude est que tous les doutes sont permis sur l’avenir de la relation entre Iran et Etats-Unis. Cela est essentiellement dû à l’imprévisibilité de Donald Trump. En étant optimiste, on peut supposer que la crise iranienne aura la même issue que le dossier nord-coréen et que l’escalade des tensions mènera à un compromis. Malgré sa véhémence, Trump a récemment déclaré être « ouvert à la discussion ». A l’inverse, en adoptant un scénario pessimiste, l’escalade actuelle entre Iran et Etats-Unis pourrait déboucher sur un conflit direct entre les deux pays. Le positionnement du porte-avion américain Abraham Lincoln au large des côtes iraniennes début Mai est un signal alarmant et peut être annonciateur d’une telle issue. Pour certains observateurs, une intervention américaine en Iran engendrerait une guerre d’Irak « bis ». De quoi profondément fragiliser un Moyen-Orient encore en train de panser les plaies ouvertes par l’Etat Islamique…


Jean-Maroun Besson


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