Quel avenir pour Cuba ?


30 Jan
30Jan

Quel avenir pour Cuba ?


Le 24 février prochain, les Cubains se rendront aux urnes à l’occasion d’un référendum sur l’adoption d’une nouvelle Constitution. Pendant plusieurs mois, 7.4 millions de citoyens ont fait entendre leur voix sur la réforme de la Constitution, lors de vastes débats organisés par quartier ou encore par université. S’il est adopté, ce texte pourrait bien marquer l’entrée du pays dans une nouvelle ère, après six décennies de règne des frères Castro.


Retour sur la domination politique du clan Castro

Le 1er janvier 1959, Fidel Castro et ses combattants, les barbudos renversent le régime de Fulgencio Batista afin de s’emparer du pouvoir. Fidel Castro, chef de la révolution cubaine devient alors le nouveau Président d’une République dite socialiste. Le régime politique administré par Fidel Castro ressemble alors fortement à celui de l’URSS, tandis que sévit la Guerre Froide. En 1961, des opposants au régime débarquent dans la baie des cochons pour renverser Fidel Castro, il s’agit d’un échec. L’année suivante, les tensions entre les Etats-Unis et l’URSS atteignent leur paroxysme lors de la crise des missiles. Après avoir exercé le pouvoir 50 ans, Fidel Castro est contraint par la maladie de laisser sa place à son frère Raul Castro en 2006. Ce dernier est officiellement élu en 2006.


Photo : Raul Castro, à gauche, avec le guérillero Ernesto « Che » Guevara, en juin 1958 durant la Révolution. (crédit : Museo Che Guevara / libre de droits).


Les années 2010 signent un apaisement des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis. Sous embargo américain depuis 1962, Cuba rétablit le contact avec Washington en 2015. L’année suivante, Barack Obama réalise une visite officielle à Cuba, la première depuis la révolution. La même année, Fidel Castro décède et son frère doit laisser sa place. Miguel Diaz-Canel lui succède en tant que Président du Conseil d’Etat et des ministres.


© NIicholas Kamm / AFP Barack Obama et Raul Castro échangent une poignée de main à l'occasion de la première visite officielle d'un président américain à Cuba depuis la Révolution, le 21 mars 2016


Que contient cette nouvelle Constitution ?

Ce projet de nouvelle Constitution a été construit avec les citoyens cubains. En effet, il est le résultat d’une longue consultation citoyenne au cours de laquelle 110 000 débats ont été organisés. La nouvelle Constitution marque de nombreuses ruptures avec la Constitution en vigueur datant de 1976. Elle reconnaît notamment le marché, le droit à la propriété privée et à l’investissement étranger. Si cette dernière venait à être adoptée, elle transformerait en profondeur le modèle économique du pays.

De nombreux bouleversements sont aussi à prévoir sur le plan politique. L’article 5 de la Constitution actuelle précise que le Parti communiste de Cuba « organise et oriente les efforts communs vers les objectifs suprêmes de la construction du socialisme et de l’avancée vers la société communiste ». La nouvelle Constitution conserve la dimension socialiste du système politique mais supprime toute référence à une société communiste. De plus, ce nouveau texte prévoit la création d’un poste de premier ministre et remplace le Président du Conseil d’Etat et des ministres par un poste de Président de la République.

La nouvelle Constitution souhaite également défendre la cause LGBT en définissant le mariage comme une union « entre deux personnes ».

Un rempart face à la récession économique ?

Cuba traverse actuellement une crise économique. Cette nouvelle Constitution serait alors l’occasion de moderniser le système économique, social et politique du pays.

Avec la crise, le Venezuela a décidé de réduire les subventions accordées à l’île, alors qu’il s’agit de l’un de ses principaux partenaires commerciaux. En parallèle, Cuba loue ses médecins à travers l’Amérique latine, notamment au Brésil. Ce service lui rapport environ 11 milliards de dollars par an, ce qui est loin d’être négligeable. Désormais, Cuba doit composer avec le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, plutôt réfractaire à cet accord. Enfin, les relations diplomatiques avec les Etats-Unis sont au point mort depuis l’investiture de Donald Trump.

Aujourd’hui, Cuba souhaite ouvrir son économie aux investisseurs étrangers afin de développer le pays. L’île a notamment créé une zone spéciale de développement et dépense près de 300 millions de dollars chaque année pour attirer les investissements étrangers. Ainsi, 40 firmes ont déjà investi 1.6 milliards de dollars.

Le projet d’une nouvelle Constitution marque donc la volonté du gouvernement et des citoyens de réformer le pays en profondeur. Cuba est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire et doit pour ce faire inventer un nouveau modèle, à la croisée du socialisme et du libéralisme.

Audrey Castro

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