Vox, la montée de l’extrême droite en Espagne


13 Mar
13Mar

Vox, la montée de l’extrême droite en Espagne


L’Espagne a longtemps fait figure d’exception au sein de l’Union Européenne du fait de l’absence d’un parti d’extrême droite de premier-plan. Cette exception espagnole, imputable aux leçons tirées de l’ère dictatoriale franquiste, était d’autant plus flagrante depuis le début des années 2010 et la montée de partis d’extrême droite partout en Europe. Néanmoins, cette exception a pris fin en Décembre dernier avec la percée aux élections du parlement andalou du parti Vox, qui a raflé 11% des voies, contre seulement 0.5 % trois ans plus tôt. Cette percée de Vox ne semble pas se limiter à la simple Andalousie. En effet, à un peu plus d’un mois des élections générales anticipées, le parti d’extrême droite est crédité de 12% des votes au niveau national. 

Histoire et programme de Vox

Vox a été créé en 2013 par d’ex-membres du Parti Populaire d’Espagne (droite) comme Santiago Abascal, ancien député. Jusqu’à sa récente percée en Andalousie, Vox est demeuré confidentiel, ne recueillant que 0.20% des voix aux élections générales de 2015 et 2016.

 

Se revendiquant nationaliste, Vox soutient l’idée d’une Espagne centralisée et désire par conséquent supprimer le statut de communauté autonome, qui attribue aux régions la gestion de certains services publiques (éducation, police…) et rapproche ainsi l’Espagne d’un régime fédéral. L’indépendantisme est logiquement la bête noire de Vox, qui réclame l’interdiction des partis indépendantistes catalans et basques. De plus, Vox prône une politique anti-immigration très stricte, allant donc à contre-courant de la politique du gouvernement socialiste actuel. Le parti d’extrême droite souhaite par exemple le renvoi de tous les immigrants illégaux et la création de murs autour de Ceuta et Melilla, les enclaves espagnoles au Maroc, régulièrement assaillies par des migrants originaires d’Afrique sub-saharienne.

 

Sur le plan sociétal, Vox soutient un certain traditionalisme des mœurs et désire notamment supprimer le droit à l’avortement ou la loi contre la violence conjugale.

 

En ce qui concerne l’économie, Vox propose des mesures en faveur de l’offre, assez similaires à celles du Parti Populaire : réduction des dépenses publiques, réduction de l’impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises, exonérations de charges sociales…

 

Enfin, la mesure la plus polémique du programme de Vox est sans doute la suppression de la Loi sur la mémoire historique (« Ley de memoria historica ») votée en 2007 par le gouvernement socialiste de Jose Luis Zapatero. Cette loi, qui a pour but de chasser les vieux démons du franquisme et venir en aide à ses victimes, prévoit entre autres l’interdiction de tous symboles franquistes dans la sphère publique ainsi que des recherches pour localiser les fosses communes où sont enterrés d’anciens opposants. En souhaitant supprimer cette loi, Vox s’attire des critiques acerbes de nombreux observateurs et adversaires politiques, qui en plus de qualifier le parti de xénophobe et réactionnaire le considère comme nostalgique du franquisme.

 


Les causes de la montée de Vox

 

Mais alors, comment expliquer la montée d’un parti d’extrême droite dans un pays qu’on disait immunisé contre ce phénomène ?

 

L’un des raisons est la crise indépendantiste catalane. Le Parti Populaire, qui s’est toujours opposé aux revendications indépendantistes, a été profondément fragilisé par cette crise qui a révélé au grand jour son impuissance. Face à cette décrédibilisation du Parti Populaire, le discours très dur de Vox envers les indépendantistes et les communautés autonomes a fait mouche chez les défenseurs d’une Espagne centralisée et chez les « patriotes » voyant dans les revendications catalanes une menace contre l’unité de leur pays. Vox profite pleinement de la déliquescence du Parti Populaire, qui en plus d’être fragilisé par la crise catalane est également empêtré dans plusieurs affaires de corruption, qui ont notamment engendré sa perte du pouvoir après la motion de censure votée contre Mariano Rajoy en Mai 2018.


Santiago Abascal, le président de Vox/ Olmo Calvo

De plus, l’Espagne ne s’est jamais complètement remise de la crise économique de 2008, qui a fait exploser la bulle immobilière et grimper le chômage à un taux stratosphérique de 26%. L’économie espagnole s’est depuis relancée et ce taux a beaucoup diminué, mais il demeure aux alentours de 15%. Dans ce contexte, la politique favorable à l’immigration du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a fortement déplu à la frange modeste de la population espagnole, confrontée au chômage ou à des emplois précaires. Cette frange se révèle alors être un terreau idéal pour le discours nationaliste de Vox, dont l’un des slogans a pu être « Los españoles, primero », sans doute une allusion au « America First » de Donald Trump.


Quels impacts sur le panorama politique espagnol ? 

Comme évoqué précédemment, Vox érode l’électorat du Parti Populaire en ralliant ses déçus et son aile droitière et conservatrice. Mais en séduisant les classes modestes, Vox fragilise aussi l’électorat de Podemos, parti qui semble en perte de vitesse depuis quelques temps.

 

La montée de Vox a d’autant plus de conséquences que le parti fait son apparition dans un panorama politique espagnole déjà en pleine mutation. En effet, le bipartisme, qui a structuré la vie politique espagnole depuis les prémices de la démocratie à la fin des années 1970, a récemment volé en éclats à la suite des succès électoraux des partis Unidos Podemos (gauche à extrême gauche) et Ciudadanos (centre droit). Par conséquent, une profonde instabilité politique s’est installée en Espagne : aux élections générales de 2015 puis de 2016, aucun parti n’a réussi à obtenir une majorité absolue, ce qui a conduit à un blocage politique de près de dix mois. A la suite de la motion de censure votée contre Mariano Rajoy le 31 Mai 2018, le PSOE de Pedro Sanchez a pris le pouvoir avec seulement 85 des 350 députés du parlement espagnol. En Février 2019, après 8 mois de gouvernance chahutée, marquée notamment par le rejet du budget pour l’année 2019, Pedro Sanchez a convoqué des élections générales anticipées pour la date du 28 Avril. Avec la percée de Vox, qui porte à 5 le nombre de partis crédités de plus de 10% d’intentions de vote dans les sondages, on pourrait assister à l’issue de ces élections à la fragmentation du Parlement espagnol en cinq blocs conséquents.

 

Cette fragmentation ouvrirait alors la voie à la formation de coalitions afin d’obtenir la majorité absolue nécessaire pour former un gouvernement. C’est ce scénario qui s’est déroulé en Andalousie, où Vox, le Parti Populaire et Ciudadanos se sont alliés pour former une « Union des droites » et prendre le pouvoir dans un bastion socialiste. Une telle coalition pourrait bien se reproduire à l’échelle nationale, et ainsi porter Vox au sein de la majorité au pouvoir. Un signe que « l’exception espagnole » est bel et bien terminée…

 

 

SOURCES : 

https://www.voxespana.es/biblioteca/espana/propuestas-memes/100medidasngal_101319181010040327.pdf
https://www.elmundo.es/espana/2018/12/03/5c043ad9fc6c83e67a8b4644.html 

https://www.elmundo.es/espana/2018/12/03/5c04b91921efa0324d8b45e7.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sondages_pour_les_prochaines_élections_générales_espagnoles

https://www.news2.fr/2018/12/28/la-alianza-de-derechas-pp-cs-vox-en-andalucia-prologo-del-futuro-politico-en-espana/




Jean-Maroun Besson


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